Des livres & des auteurs
"La République du copinage" - La France des réseaux influents -
de Vincent Nouzille

Voici un ouvrage apte à satisfaire la curiosité de tous ceux - très nombreux ! - persuadés que (...)

Lire la suite 
Nos partenaires
 
A méditer...
Recevoir la newsletter
 
Flux RSS
http://abo.groupe-exp.com/WebloggiaGER/entrerEspaceRecrutement.do
Accueil
 
L’éditorial de Jacques Gautrand - juillet 2009
Des "Seniors" aux "Aînés" … tel est notre destin !
 

D’aucuns se sont étonnés de l’appellation du nouveau Secrétariat d’Etat « chargé des aînés » (confié à Nora Berra, médecin de 46 ans).
Naguère, ses prédécesseurs avaient, en effet, la charge des « personnes âgées » ...

Les mots ne sont pas neutres : ils traduisent bien mieux que de longues analyses l’évolution de l’attitude de la société à l’égard de ses membres.

Voici déjà longtemps qu’il n’est plus bienséant de parler de « vieux » : on lui avait préféré le terme un peu froid et technocratique de « personnes âgées ».

Mais dans les discours publics, comme j’ai pu le constater, le vocable « aînés » a depuis quelque temps déjà remplacé « personnes âgées » : nos édiles municipaux dans leurs adresses aux réunions des "3ème" et "4ème" âges (encore un euphémisme !) ont largement adopté cette appellation d’« aînés », laquelle contient, il est vrai, une incontestable résonance affectueuse ou respectueuse ...
Un terme qui a aussi l’avantage d’être rassurant, puisqu’on est toujours l’aîné de quelqu’un ...

Venons en maintenant aux "seniors", âge qui, logiquement, précède celui des "aînés"...

Le langage marketing qui a tout contaminé, s’est emparé quant à lui du mot « senior » dès qu’il a flairé qu’il y avait de l’argent à gagner dans cette population croissante, aux revenus confortables et à l’espérance de vie grandissante…

Dans l’univers (impitoyable) de la grande entreprise le mot « senior » s’est imposé chez nous à partir de l’anglicisme dont il est une traduction maladroite, aux connotations préjudiciables.

Quand les anglo-saxons, en effet, parlent de « Senior executive officer », de « senior consultant", ou de « senior editor »… il conviendrait de traduire ce qualificatif en français non par "senior", mais par "hautement qualifié", de "haut rang" ou « très expérimenté », mais, bon, "senior" fait plus court et s’est imposé dans la vulgate médiatique...

Le hic c’est que, dans le langage managérial en vigueur dans l’Hexagone, « senior » est devenu synonyme de problème : « comment gérer les seniors » ? « Comment les pousser gentiment vers la sortie »… Depuis qu’entreprise rime avec « création de valeur pour l’actionnaire », les « seniors » sont devenus un casse-tête pour les dirigeants. Selon l’idée préconçue que jeunesse est synonyme de performance.

La France, lanterne rouge du taux d’activité des "seniors"

Du coup, on en est arrivé à la situation cocasse que pour les DRH et les recruteurs, la « seniorité » commence à 45 ans ... Et qu’il est devenu inconvenant en France de prétendre vouloir se faire embaucher après cinquante ans … (au point qu’on a inventé des lois pour obliger les entreprises à garder les quinquas ...)

Avec de tels préjugés, ne soyons pas étonnés que notre pays soit la lanterne rouge du taux d’activité des 55-65 ans (37%) ... Ce qui est parfaitement en contradiction avec la nécessité de travailler plus longtemps qui s’impose pour faire face au déficit croissant des régimes de retraite ...

Sans compter que cet état d’esprit biaisé génère un immense gâchis de talents et d’expériences. Ainsi qu’un déficit dommageable de transfert de connaissances inter générations au sein de l’entreprise ...

Mais depuis l’instauration du droit à la retraite à 60 ans en 1982, on a ancré dans l’esprit des Français qu’un senior qui quitte l’entreprise … laisse la place à un jeune. Ce que les faits et les statistiques n’ont jamais véritablement démontré.

L’inconscient des peuples se nourrit toujours de grandes références qui forgent les imaginaires collectifs : nous connaissons tous le couplet du célèbre Chant du Départ : « Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus … » Et voilà comment, insidieusement, une norme stupide s’insinue dans la tête de gens bien intentionnés.

Je ne sais pas si les Anglo-saxons ont un équivalent de notre Chant du Départ, mais chez eux, le mot senior est synonyme d’expertise, d’autorité, de capacité à décider …
Alors que chez nous, on associe à ce vocable les notions de « trop cher », « manque de flexibilité », « dépassé », ou bien, dans l’univers consumériste, de « temps libre », de « voyages », de « cadeaux », de « loisirs culturels », de « médecines douces »…

Eternelle jouvence...

Tout ceci a fabriqué depuis vingt-cinq ans des bataillons de préretraités plus ou moins épanouis et retiré à la France un point – en moins !- de croissance annuelle du PIB par rapport aux autres pays de l’OCDE ...

Dans une société obnubilée par le jeunisme et qui affiche dans ses canons publicitaires l’image répétitive d’une adolescence perpétuelle, il est de plus en plus difficile de faire admettre à chacun que son avenir incontournable est de devenir un senior.

En 2020, le tiers des Français aura plus de 60 ans …

Le fabuliste nous avait pourtant prévenus : « si jeunesse savait et si vieillesse pouvait … »

Jacques Gautrand
jgautrand(arobase)consulendo.com

- Lire aussi sur ce site l’article créer son entreprise après 50 ans

Lire aussi...
 Le Gouvernant, l’Entrepreneur et le Banquier : fantaisie à trois personnages
 La France et l’Europe, le monde et la Méditerranée
 Entrepreneur ET citoyen !
 Nous avons besoin de l’optimisme des entrepreneurs !
 Pour créer des emplois ... il faut créer des employeurs !
 La confiance : une ressource disputée
 Le « Capital Humain »
 Panne de management ?
 La Méditerranée et nous
 Pourquoi la France manque-t-elle d’employeurs ?
 Economie française : comment "retrouver la prospérité" ?
 Ne confondons pas indépendants et chefs d’entreprise ...
 Economie française : produisons du futur !
 Métiers à risques
 Retraites, salaires : l’heure de vérité
 Les Français et l’entreprise ;
les Français et les entrepreneurs.
 Vive les médiateurs !
 Retraites, déficits publics :
société de l’assistanat ou société de l’initiative ?
 Une entreprise a-t-elle besoin de racines ?
 Tous entrepreneurs ?
 Présentation
 Jacques Gautrand Conseil

 Imprimer

 Envoyer à un ami

  Plan du site  |   Mentions légales  |   Crédits  |   Haut de page