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Pour un retour à l’étalon-or
Par Philippe Simonnot
 

L’économiste Philippe Simonnot * plaide pour un retour à l’étalon-or.
Rappelons que celui-ci fut la règle jusqu’à la Première Guerre mondiale : la valeur de chaque monnaie était alors fixée en référence à l’or, selon un système de parités fixes.
Après la Seconde Guerre mondiale, les accords de Bretton-Woods (1944) ont institué le Gold Exchange Standard, faisant du dollar la seule devise convertible en or au prix (fixe) de 35 dollar l’once. Le billet vert est ainsi consacré monnaie de réserve internationale. Et seules les banques centrales ont la possibilité d’obtenir de l’or en échange de dollars.
Mais la croissance de l’endettement des Etats-Unis, le financement de la guerre au Vietnam et l’inflation conduisent le Président Richard Nixon à suspendre la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971.
A partir de ce moment-là, les parités des monnaies se sont mises à fluctuer au gré de l’offre et de la demande.
En période de crises, cependant, l’or retrouvait sa valeur refuge, puisque son cours a atteint les 1000 dollars l’once...

Certains observateurs, comme Michel Rocard, n’hésitent pas désigner les racines de la crise financière actuelle dans ce flottement généralisé des monnaies, qui a ouvert la voie à toutes les dérives spéculatives dont nous observons les ravages...
A la veille du G20 de Londres, la Chine (qui dispose de près de 2 000 milliards de dollars de réserves de change) a demandé la création d’une nouvelle monnaie internationale.
Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, estime dans une interview au Figaro que « la suprématie du dollar dans le système international est encore là pour longtemps ».

J.G.
* Philippe Simonnot est notamment l’auteur de "39 leçons d’économie contemporaine" (Gallimard)

Pour un retour à l’étalon-or
Par Philippe Simonnot

Philippe Simonnot « Il y a une solution à la crise financière actuelle : le retour à l’étalon-or. Une option dont on osait encore parler ouvertement il y a près d’un demi-siècle, comme le fit le Général de Gaulle, dans sa conférence de presse du 4 février 1965…

Le plus inquiétant dans cette crise, ce n’est pas la crise elle-même, mais l’analyse qu’en font les princes qui nous gouvernent, mal conseillés par des économistes qui ont pignon sur rue. Partout on nous répète qu’il s’agit d’une crise de marchés que l’on aurait eu la folie de déréguler et qu’il faudrait d’urgence réglementer à nouveau pour mettre un terme à l’ « exubérance irrationnelle des marchés ». Sur le thème « Keynes est de retour ! », lequel ne méritait ni cet excès d’honneur ni cette indignité, on réclame partout à cors et à cris davantage d’Etat en même temps que davantage de coopération internationale, sans se rendre compte que ces deux souhaits sont contradictoires : chaque Etat cherche d’abord, naturellement, à protéger ses intérêts comme déjà le font apparaître les différentes politiques économiques qui sont menées « pour sortir de la crise ». Soit dit en passant, la « politique de l’offre » dont on se vante tant en France, par rapport à la « politique de la demande » qui a cours notamment en Grande-Bretagne, est tout aussi condamnée à l’échec si les investissements, ainsi artificiellement lancés, ne sont pas rentables et accaparent des moyens en capital et en main d’œuvre qui auraient pu être plus judicieusement employés. Etats et banque centrales sont en fait à l’origine du cataclysme actuel. C’est cela que l’on nous cache et c’est cela qu’il faut d’abord montrer.

On le sait, la crise est née aux Etats-Unis de la défaillance des deux piliers du refinancement immobilier, Freddie Mac et Fanni Mae. Ces agences disposaient d’une ligne de crédit garantie par l’Etat, ce qui leur donnait la possibilité d’emprunter sur le marché à des taux d’intérêt plus faibles qu’une banque ordinaire. Comme l’écrit lui- même l’un des plus éminents théoriciens et avocats de la Régulation (avec une majuscule, car il s’agit d’une véritable Ecole en France), ces agences assuraient de la sorte « le maintien d’une offre de crédit à des conditions plus favorables que si le marché se régulait seul ».(1) On peut déduire de cet aveu que si le marché avait été laissé libre de fonctionner selon ses propres lois, de tels excès, calamiteux, ne se seraient pas produits. Toutefois, il faut encore expliquer comment les crédits pourris générés par Freddie Mac et Fannie Mae ont pu être recyclés dans l’ensemble du système bancaire mondial, conduisant aux faillites retentissantes de quelques uns des plus beaux fleurons de la finance internationale.

Ici intervient un vice du système, peu connu et pour cause ! puisqu’il tient à l’existence même des banques centrales, et que le faire apparaître conduit à les remettre en cause radicalement. De fait, la banque centrale, en tant que « prêteur en dernier ressort », introduit dans l’économie bancaire, et à travers elle, dans l’économie tout entière, ce que dans la littérature anglo-saxonne on appelle un « moral hazard » , que l’on peut traduire par risque comportemental. En d’autres termes, les banques, du fait même de la couverture que leur offre la banque centrale, sont conduites à prendre des risques plus élevés qu’elles ne le feraient si cette couverture n’existait pas et si elles devaient par conséquent accorder des prêts seulement sur la base d’un capital propre suffisant. Ce vice est à l’origine des fameuses « bulles ». Des investissements sont financés qui ne mériteraient pas de l’être, et des emplois sont créés qui ne correspondent pas à des besoins réels.

Faillites en chaîne.
Le résultat final, quand la « bulle » explose, ne peut être que faillites en chaîne et chômage de masse. Du reste, au moment où la bulle est sur le point d’éclater, la banque centrale a le choix entre deux solutions, également détestables : soit elle refinance les banques en difficultés, surtout les plus grandes, qui se sont fiées à l’adage : « too big too fail » (trop gros pour faire faillite) pour continuer leur fuite en avant, mais ce faisant elle nourrit un peu plus la spéculation ; soit elle refuse et condamne à la faillite la banque prise au piège (ce fut le cas de Lehman Brothers le 15 septembre 2008) au risque de déclencher des réactions en chaîne dans tout le système.

D’où la descente aux enfers des banquiers centraux à laquelle on assiste aujourd’hui. Les taux d’intérêt à court terme étant proches de zéro aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les banques centrales de ces deux pays, contre toutes les règles élémentaires de gestion, en viennent à acheter directement aux banques les actifs pourris dont ces dernières ne parviennent pas à se débarrasser. Ce faisant, ces banques centrales, qui sont aussi des instituts d’émission, mettent en danger leur propre signature, c’est à dire la valeur de leur propre monnaie, forçant des Etats, déjà surendettés, à venir à leur secours. L’aveugle vient au secours du paralytique. De mal en pire !

Les mérites de l’étalon-or
Face à ces mesures politiciennes qui ne peuvent que retarder la sortie de crise – ne serait-ce que par l’aggravation inéluctable du poids fiscal – nous proposons, au moment où s’ouvre un semblant de négociation monétaire international, de rouvrir le débat sur le rétablissement de l’étalon-or. Ce n’est pas le lieu de rappeler ici les mérites, au demeurant bien connus, d’un système qui a fait ses preuves pendant plusieurs siècles.
On rappellera seulement l’un d’entre eux, qui est particulièrement actuel : obligées de couvrir en or à 100% leur monnaie, les banques centrales ne pourraient plus introduire dans le système le « risque comportemental » dont nous parlions plus haut. »

Philippe Simonnot
(Extrait d’un article déjà publié dans l’Agefi Suisse et La Tribune, avec l’aimable autorisation de l’auteur.)

(1) Michel Aglietta, "La Crise, Comment en est-on arrivé là ? Comment en sortir ?" Editions Michalon , 2009.

- Philippe Simonnot dirige l’Atelier de l’Economie Contemporaine et anime l’Observatoire des économies méditerranéennes : Mediterraneco
Le 27 mai, il donne une conférence dans le cadre de l’Institut Turgot sur la réforme du système monétaire international.

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