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En cette rentrée 2010, la marge de manœuvre du gouvernement est donc très mince. D’autant que l’Etat employeur est lui-même contraint de réduire sa masse salariale (en limitant, là où il peut, la croissance des effectifs de fonctionnaires où en « externalisant » des postes ou des missions de service public) ... (2)
Retraite à 60 ans : une nouvelle Ligne Maginot intenable
La nécessaire réforme des retraites se heurte à une forte opposition syndicale, notamment dans le secteur public (où la réforme est pourtant édulcorée). Dans leur for intérieur, les Français ont bien compris que, face à l’allongement de l’espérance de vie (et d’une entrée de plus en plus tardive sur le marché du travail), la retraite pour tous à 60 ans est une Ligne Maginot intenable. Et il suffit de regarder ce qui se passe chez nos voisins européens où l’âge officiel de la retraite est partout beaucoup plus élevé ...
Mais le gouvernement - affaibli par l’annonce prématurée de son remaniement -, même s’il dispose d’une majorité parlementaire pour faire passer sa réforme, doit se battre sur plusieurs fronts. Il se heurte à une opinion publique en désarroi, harcelée par les incendies médiatiques de l’été : « affaire » Bettencourt-Woerth ; débat sur l’insécurité ; expulsions de "Roms" ... Un climat de malaise et de doutes qui s’étend jusque dans le camp de la majorité où des critiques sur le style Sarkozy s’expriment au grand jour. Au sein de la majorité présidentielle, des voix se sont fait entendre pour demander un maintien de la date-butoir de 65 ans ainsi que quelques aménagements de la loi sur les retraites. Mais le gouvernement s’accroche au cœur de son texte (l’agenda 62-67 ans) tandis qu’il féraille avec le front commun des syndicats et des partis de gauche, lesquels ont trouvé dans ce refus hétéroclite une occasion inespérée d’unité. La grande inconnue étant de savoir de quel côté penchera l’opinion publique. Le gouvernement parie sur la lassitude ...
Et du côté des entreprises, « y-a-t-il du grain à moudre » en cette rentrée ? La situation est contrastée. Les grands groupes - internationalisés dans leurs activités comme dans leur actionnariat - sont depuis longtemps présents dans les zones de la planète les plus dynamiques, allant « chercher la croissance » hors de nos frontières . Ils ont donc restauré plus rapidement que prévu leur profitabilité. Ces dernières années, ils ont surtout embauché …à l’étranger. La pyramide des âges ne leur est pourtant plus favorable : du fait des départs à la retraite des générations nées dans l’après-guerre, tous ces groupes vont devoir régénérer leurs effectifs, même s’ils ont repoussé ce moment au maximum.
Des vagues de recrutement en masse de jeunes recrues ont d’ailleurs commencé (banques, assurances, informatique …) ; elles restent insuffisantes pour absorber les 600 000 à 700 000 nouveaux entrants chaque année sur le marché du travail.
Mais il ne serait pas étonnant, compte tenu de la demande de renouvellement du secteur public national et territorial, que la pénurie de cadres soit devant nous ...
Quant aux PME (99% des entreprises françaises), leur situation financière est beaucoup moins enviable. Hormis celles qui se déploient à l’export ou travaillent dans des secteurs de pointe, la plupart des PME ont été frappées de plein fouet par la récession. Elles ont vu fondre leur trésorerie, subi une dégradation des conditions de paiement et ont dû réduire leurs effectifs … ou déposer le bilan. Cependant, si elles n’investissent pas sur les compétences, si elles ne sont pas capables de s’attacher les talents et le dynamisme des nouvelles générations, elles se condamnent au déclin ou à la disparition ...
Partage de la valeur ajoutée
Après deux années où la crise a pu faire taire certaines revendications - et aussi occulter des erreurs de gestion -, dirigeants et salariés vont être prochainement confrontés à l’heure de vérité.
Beaucoup d’entreprises ont réussi à traverser la crise en obtenant de leurs salariés, au mieux le « gel » des salaires, au pire des baisses de revenus (suppression des primes, réduction des congés, chômage partiel). Ces sacrifices ont été obtenus, grâce, reconnaissons-le, au pragmatisme des grandes centrales syndicales, mais aussi à l’abnégation des collaborateurs misant sur un retour à « bonne fortune » dont les fruits seraient équitablement partagés le moment venu …
Les signes d’un retour (progressif) de la croissance économique (même modérée) et l’amélioration des bilans vont-ils donner un peu de « grain à moudre » aux inévitables négociations sociales qui s’annoncent ?
En Allemagne, avec 2,2% de croissance du PIB enregistrés au deuxième trimestre, la chancelière Angela Merkel a bien saisi l’importance des enjeux à venir et encourage le patronat à lâcher du lest sur les salaires ...
En France, dont l’économie est plombée par la charge écrasante des déficits publics (et donc des prélèvements sociaux et fiscaux corrélés), une augmentation générale des salaires n’est guère réaliste ... Cependant les dirigeants d’entreprises ne pourront longtemps échapper à une remise à plat du « partage de la valeur ajoutée » entre actionnaires et salariés. Et ils doivent s’y préparer en élaborant des réponses concrètes. Car il en va de la cohésion sociale et aussi de la motivation des troupes, première source de performance.
Pour sortir gagnant-gagnant des confrontations et négociations à venir dans notre pays, il n’y a pas d’autre alternative que de développer massivement l’intéressement et l’actionnariat salarié (des dispositifs existent mais il faudrait une politique nationale volontariste et réellement incitative. Et la tentation des pouvoirs publics d’augmenter la taxation de l’intéressement n’est pas très judicieuse ...).
Développer l’épargne-retraite
De même que la réforme des retraites ne pourra réussir à moyen terme qu’en injectant dans notre système dit de « répartition » (en réalité "pyramidal" : les nouveaux entrants payent pour les "sortants" !) une bonne dose d’épargne – ce que la gauche a tort de vouloir diaboliser avec le mot de « capitalisation » (3).
D’ailleurs, les Français que l’on dit si attachés au système de « répartition » sont prévoyants : si nous avons le taux d’épargne parmi les plus élevés de la planète, c’est que chacun, héritier du bon sens paysan, pense à « mettre de côté pour ses vieux jours » : tel investissant dans la pierre, tel autre dans un fonds de commerce, tel autre dans l’assurance vie ... En réalité les Français pratiquent depuis belle lurette la capitalisation individuelle pour leur retraite, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ... Rêvons un peu. Il suffirait que cette pratique ancrée dans nos moeurs puisse trouver une traduction formelle ou institutionnelle pour que la nécessaire réforme de notre système de retraite devienne plus consensuelle dans notre vieux pays. Qui disait les Français plus cigales que fourmis ?
Jacques Gautrand
jgautrand[ @ ]consulendo.com
(1) On peut trouver tous ces chiffres, ainsi que l’état mensuel de l’exécution du budget sur le portail du ministère du budget
(2) 6 millions de salariés dans le secteur public ! Selon les derniers chiffres officiels, la France compte 5,277 millions de fonctionnaires (Etat + Hôpitaux + Collectivités territoriales). Si les effectifs de la fonction publique d’Etat diminuent, ceux de la fonction publique territoriale se sont accrus de 518 000 collaborateurs depuis 1998 !
Et si l’on ajoute au 5,3 millions de fonctionnaires, les 800 000 salariés des entreprises publiques, on dépasse les 6 millions de personnes sous statut public, soit 25% des actifs employés dans notre pays ; un sur quatre : un record !
(3) Ségolène Royal, le 9 septembre sur France 2, a dénoncé les fonds de pension qui, selon elle, n’ont qu’un objectif : faire main basse sur le système des retraites pour casser la répartition et instaurer un système de capitalisation jugé diabolique ... Mais Mme Royal s’est bien gardé de rappeler aux téléspectateurs que le seul fonds de pension opérant en France s’appelle la PREFON et il est exclusivement réservé ... aux fonctionnaires.
A ce sujet, on trouvera plus d’infos sur le site de l’Ifrap
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